16/04/2012

La démocratie, grande perdante des élections !

 

A 6 jours seulement du premier tour de la présidentielle, nous pouvons déjà je pense tirer quelques conclusions sur la manière dont s'est déroulée cette campagne, qui a été, à n'en pas douter, l'une des plus affligeantes de la Vème République.

Quand on s'étripe sur le permis de conduire ou quand on tergiverse sur le Halal, alors que la France est au bord du gouffre, c'est que franchement soit on a pas d'idées, pas de programme, soit et alors c'est plus terrible, on évite de dire la vérité aux français et on les renvoie à des sujets frivoles voire du dernier populisme pour ne pas avoir à affronter le réel, ce qui est pourtant, du moins je le croyais, la première responsabilité d'un dirigeant.

La vérité, pourtant, est consternante et appelle des réponses urgentes. Une économie en berne, une industrie qui meurre. Un chômage qui explose, une pauvreté qui se développe. Un vivre-ensemble compromis par un mélange d'angélisme et de déni insupportables. Des déficits publics qui pourraient bien nous priver de notre souveraineté, si rien n'est fait. A ce titre, les propositions des candidats de l'UMP et du PS semblent superbement ignorer cet état de fait et nous conduire allègrement, en toute sympathie, droit dans le mur.

Tout le monde est dans le déni... En fait, cette campagne aurait du être la plus "grave", la plus "sérieuse" au vu des enjeux considérables qui sont les nôtres. Or, il n'en est rien, à ce point que le New Economist, le fameux quotidien anglais titrait fort justement la semaine dernière : " La France dans le déni- L'élection la plus frivole de l'Ouest".

Pourquoi un tel dévoiement, pourquoi faire à ce point l'autruche ? Car abreuvés des conseils avisés de leurs bataillons de communiquants, la plupart des candidats pensent encore qu'on ne peut pas gagner une élection en disant la vérité, qu'il faut faire rêver, à tout prix, quand bien même on en a plus les moyens.

François Bayrou est bien seul, dans cette tragique foire à Bestiaux.

Ce manque général de courage se traduit par un immense sentiment de lassitude des français, qui vont aller voter un peu comme les vaches vont à l'abbatoir, pour reprendre une métaphore bovine, c'est à dire la tête basse et sans enthousiasme, évidemment, persuadés qu'ils n'ont pas de véritables choix.

Deux paramètres je pense ont littéralement plombé cette campagne :

- La tyrannie des sondages

Ils n'ont jamais été aussi nombreux. Depuis le début de la campagne, ils donnent le sentiment que tout est plié d'avance, et du coup ont un impact démobilisateur phénoménal. On oublie pourtant que les sondeurs se sont maintes fois - et largement -  trompés ! Jospin en 2002, Balladur en 95, Giscard en 81... La liste est longue et pourtant, ce qui vient d'eux semble paré de l'étendard de la certitude divine.

Les sondages sont une catastrophe pour la démocratie, et donnent le sentiment que l'élection présidentielle c'est le PMU et que l'électeur se doit de confirmer les pronostics de quelques gourous bien inspirés. La compromission et les affinités douteuses de certains instituts avec les staffs politiques de l'UMP ou du PS sont insupportables, et font un tord épouvantable à la liberté de pensée.

Combien de citoyens ne disent pas : "je voterai bien pour tel ou untel, mais il n'a aucune chance de l'emporter..." Or une élection ce n'est pas parier sur le cheval dont on dit qu'il peut l'emporter, l'élection, c'est soutenir celui dont on pense qu'il a raison, celui qui nous paraît le plus en phase avec les problématiques d'un pays.

Il faut interdire purement et simplement les sondages dans le cadre des élections, car leur influence, quand bien même ils se trompent souvent, est considérable. A ce titre les sondages sont parfaitement anti-démocratiques. Comment faire exercice de son libre arbitre, de sa réflexion d'électeur et de citoyen dans le contexte d'un tel bourrage de crânes ?

- Le vote utile ou l'anéantissement du premier tour

Partout on appelle au vote utile, cela revient purement et simplement à supprimer l'intérêt d'un premier tour. Le premier tour, selon l'adage bien connu, c'est le moment où précisément l'électeur dispose d'un vrai choix. Le second tour, c'est là où l'electeur élimine ce qui lui convient le moins. Or on voudrait nous priver de cette souplesse pour nous intimer l'ordre de choisir dès dimanche l'UMP ou le PS parce qu'il n'y aurait pas d'autres choix... Les autres candidats, bien souvent honteusement ridiculisés par le microcosme journalistique parisien sont donc relégués au rang de figurants plus ou moins comiques.

La promiscuité pour le moins gênante de certains grands journalistes avec les deux prétendants favoris à l'élection est pour le moins dangereuse, et démontre une fois encore que quelques uns ont tout intérêt à ce que ce système perdure, à n'importe quel prix. La peur sans doute de ne plus pouvoir manger à certains rateliers... Les liens entre le journalisme et le politique deviennent extrêmement problématiques, on sent sincèrement de moins en moins de distance entre les uns et les autres, au point que bon nombre vivent désormais en couple ! Cette caricature est malheureusement bien plus qu'anecdotique je pense. (Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, DSK et Anne Sinclair, Béatrice Schonberg et Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner et Christine Ockrent, Marie Drucker et François Baroin, François Hollande et Valérie Trierweiler....) C'est le même monde que ces deux mondes-là. Ce qui naturellement peut considérablement orienter une campagne. C'est d'autant plus douteux qu'en général les journalistes n'ont pas l'honnêteté de dire pour qui ils roulent.

Je demande donc à tous de bien réfléchir le jour du vote, et à faire un choix d'électeur éclairé, c'est à dire de femmes et d'hommes responsables, qui ne cèdent pas à la vindicte actuelle qui voudrait nous obliger à valider les fatwas des hommes de clan.

Il est gravissime de faire croire à des citoyens qu'ils n'ont pas de vrais choix !

Inutile de rapeller que je voterai Bayrou, avec le sentiment, quoi qu'il arrive ensuite, de soutenir cette  forme rare d'intégrité, d'honnêteté et de probité qui nous fait atrocement défaut.

Commentaires

Vous avez bien raison de rappeler à quelques-uns ce qui fait réellement défaut actuellement. Très bon billet.

Écrit par : Grégoire Barbey | 16/04/2012

Bon article. Entièrement d'accord avec la partie des sondages et du vote utile (à gauche la blessure du 21 avril est toujours là).

Pour ce qui est du lien entre les journalistes et les politiques, comme vous l'avez dit, ce n'est pas nouveau. Les journalistes politiques et les politiques passent tellement de temps ensemble que forcément, certains finissent par avoir des liens entre eux. D'ailleurs hier soir (dans l'émission Zemmour et Naulleau sur M6) ils parlaient de cette relation journalistes-politiciens. Les journalistes qui suivent les candidats finissent par connaitre par coeur le programme des candidats à tel point que certains pourraient être des porte-parole.

Écrit par : B. Bajrami | 16/04/2012

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