15/05/2014

P + R : l'avenir du Grand Genève en jeu.

A la suite d’un référendum d’initiative populaire lancé par le MCG (Mouvement des Citoyens Genevois), un projet de loi pourtant adopté par le Grand Conseil (parlement du canton) à sa très grande majorité est remis en cause et sera donc soumis au verdict des urnes dimanche.

Ce projet de loi vise à cofinancer l’investissement pour 5 parkings relais, situés en France voisine, afin de limiter les embouteillages et la pollution à Genève. Le canton accepte de verser la somme de 3 Millions de francs, correspondant à 47.7 % des coûts de construction, le reste étant financé par la France, qui assumera également le fonctionnement de ces équipements.

L’opération est d’abord, selon ses partisans à Genève, une très bonne opération financière, dans la mesure où si Genève avait dû les construire sur son territoire, le cout aurait été trois fois supérieur. Ensuite, cela permettra de préserver les ressources foncières genevoises qui sont très maigres, comme chacun sait. Enfin, cette solution est beaucoup plus efficace que l’implantation de P + R aux limites géographiques du canton de Genève. C’est en allant chercher les gens au plus près de chez eux que l’on se donne le plus de chance de leur faire abandonner la voiture… Tout ceci a été parfaitement démontré par M. Luc BARTHASSAT, conseiller d’état, lors d’un débat organisé la semaine dernière à UNI MAIL à l’initiative de « GENEVOIS SANS FRONTIÈRE ».

Le tout bien sûr est étayé par une politique de développement des transports en commun ambitieuse (CEVA, Tram, Bus, mobilité douce) découlant du projet d'agglomération, pour laquelle Genève s’est engagée à verser 240 Millions de Francs sur 10 ans ( la France finance le reste, à peu près 750 millions sur l'ensemble des projets concernés ) sur tous les projets d’intérêt transfrontalier en France voisine et dont les retombées bénéficieront évidemment à Genève. Ces 3 millions constituent la première pierre de cette enveloppe appelée "contribution spécifique genevoise".

Or c’est tout cela qui pourrait être remis en cause ce dimanche. Si le peuple genevois refuse de cofinancer les P + R en France voisine, c’est l’ensemble de cette contribution spécifique genevoise qui pourrait disparaitre, mettant en péril tous les investissements dont notre région a besoin. En d’autres termes, si ce projet de loi est retoqué, c’est le Grand Genève qui meurre ou en tout cas qui prend un sérieux coup dans l'aile. C’est Genève qui ne jouera donc plus son rôle de métropole régionale, c’est notre centralité qui n'organisera plus son développement avec sa périphérie.

Le MCG conteste le financement d’équipement à l’ « étranger ». Ils nous demandent de payer l'intégralité de ces P + R. Or ces derniers servent à acheminer dans de meilleures conditions les frontaliers français et suisses dont Genève a tant besoin pour faire tourner son économie. Ils servent à désengorger la cité de Calvin, où la circulation est devenue impossible, ils servent à faire baisser les niveaux de pollution inquiétants qui affectent notre région, où les seuils d’alerte sont malheureusement trop souvent dépassés.

Et puisqu’on parle finance, il est évident qu’il faut préciser les choses. Le MCG nous dit que la France voisine devrait s’estimer heureuse de recevoir ces fameux « fonds frontaliers » et que ceux-ci devraient suffire à financer tous les projets de mobilité et de développement.

Sur les fonds frontaliers : Genève a touché l’an dernier environ 720 Millions de Francs par le biais de l’impôt prélevé à la source sur les frontaliers (français et suisses travaillant à Genève et résidant en France). Elle en rétrocède 260 millions environ (3.5 % de la masse salariale) ce qui laisse apparaitre un résultat « net » de 460 Millions de Francs pour le canton. Une somme versée par des gens qui consomment très peu voire pas du tout de service public à Genève… Le système est donc extrêmement favorable au canton, car si Genève faisait comme tous les autres cantons romands, ce serait la France qui prélèverait l’impôt sur les frontaliers et en reverserait une partie, bien moindre que les 460 Millions perçus aujourd’hui (C'est ce qui se passe par exemple dans le canton de Vaud, où les travailleurs sont imposés sur leur lieu de résidence, donc en France. La France reverse 4.5 % de la masse salariale au canton de Vaud).

Il est donc tout à fait logique que Genève reverse une partie de cet impôt au bénéfice des communes et des collectivités qui voient leurs charges augmenter du fait des frontaliers (suisses ou français), qui ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu en France, et qui ne font donc pas l’objet de quelconque prise en compte dans les dotations versées par l’État aux collectivités françaises. Il s’agit bien là d’une juste compensation.

La contribution spécifique genevoise est un fonds supplémentaire visant à permettre la réalisation et le financement d’infrastructures d’intérêt transfrontalier (donc largement bénéfiques à Genève) en France voisine, puisque la fameuse enveloppe des fonds frontaliers ne permet pas en elle seule de financer des infrastructures énormes et indispensables.

Le montant s’élève à 24 millions par an. c'est naturellement une aide indispensable, mais qu'il faut relativiser eu égard à ce qui reste dans le porte-monnaie du canton, après le prélèvement de l’impôt sur les frontaliers et eu égard à l'argent investi par les collectivités françaises et l'Etat sur les mêmes projets (750 millions).

Le MCG ne peut donc pas dire que Genève fait l’aumône à la France voisine, il est faux de dire que les frontaliers coutent à Genève, il est mensonger d'affirmer que la France ne paie rien ! Les collectivités locales françaises, les départements frontaliers de l'Ain et de la Haute-Savoie, la région Rhône Alpes et l’État français financent leur part, qui s'élève à 750 Millions de francs ! 

Au-delà de tout cela, il y a un esprit Grand Genève, qui est une réalité pour bien des habitants de ce territoire, qui demandent, de part et d’autre de la frontière, que leur qualité de vie soit améliorée.

Espérons que dimanche, ce bon esprit, si constructif, qui recueille l’aval de la très grande majorité des élus suisses comme français ne vole pas en éclat par la manœuvre d’un parti populiste, plein d’une démagogie qui aura su instrumentaliser au-delà de toute mesure la démocratie directe, au détriment de tous les habitants de notre belle région.

Ne nous tirons pas une balle dans le pied !

 

Commentaires

Si le peuple genevois devait se prononcer sur la validité de l'appellation "Grand Genève", la réponse serait la même que celle pressentie du dimanche 18 !

Écrit par : Bastide | 16/05/2014

La 5ème puissance économique mondiale à besoin de l'argent des citoyens genevois pour construire ses infrastructures ! Ce gaspillage est indécent, la France doit payer elle-même ses grands travaux. Il serait intéressant de connaître la part de la France dans le budget de la CGN qui transporte plus de 2000 frontaliers et des milliers de touristes dans les villes et villages français. Selon mes recherches, le montant est de zéro euro ! Nous avons déjé payé le téléphérique du Salève et en avons fait don à Annemasse lors de l'ère Claude Hegi. Nous avons participé financièrement à la construction du tunnel du Mt.-Blanc, à la construction de l'autoroute blanche et celle d'Annecy, nous devions aussi financer le train, qui vient d'être stoppé, entre Crozet et Divonne ainsi que la ligne Genève-Grenoble ! La Suisse a financé, pour 1/3 la ligne TGV Genève-Paris, elle s'apprète à payer entièrement la ligne Delemont-Delle, la France, n'ayant plus d'argent, ne payera jamais sa part pour le CEVA et, si je ne me trompe pas, l'UE n'a jamais participé au financement du tunnel du Gothard qui sera pourtant un lien entre le nord et le sud de l'Europe. Alors, assez, que la France mendie à Bruxelles mais pas chez nous.

Écrit par : Octave Vairgebel | 17/05/2014

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