13/02/2014

Quand La Suisse ébranle l'Europe

 

(tribune a paraître dans le "nouvel observateur")

La votation du 09 février 2014, par laquelle les suisses ont, à une courte majorité, approuvé l’initiative de l’UDC (Union des démocrates du Centre) « contre l’immigration de masse » fait l’effet d’un coup de tonnerre à l’échelle de tout le continent européen.  Le débat en Suisse a été extrêmement passionné et s’il a fait réapparaître les divisions historiques bien connues entre la partie alémanique (germanophone) et romande (francophone) du pays, plus encore sont apparues des différences fondamentales de perception entre les centres urbains et la campagne, plus encore entre les élites, les milieux politiques et économiques et le « pays réel » (à l’instar de ces petits villages de France où il n’y a pas un immigré et qui vote massivement pour le Front National).

Si en effet les secteurs frontaliers de la Suisse comme Bâle et Genève ont rejeté assez nettement l’initiative (à l’exception notable du Tessin, bordant l’Italie) là même où seraient censés se poser le plus de « problèmes » liés à une forte présence d’étrangers, les parties rurales du pays où il est plus question de ressentis et qui donc à fortiori ne connaissent que peu ou pas cette « immigration de masse » ont fait basculer le pays tout entier dans une nouvelle ère, au demeurant très incertaine.

Une nouvelle ère parce que la Suisse, déjà, entretenait avec l’Europe des rapports on ne peut plus particuliers et qu’aujourd’hui, comme le confie le Président de la confédération Didier Burkhalter : « déjà tortueux aujourd'hui, le chemin sera encore plus difficile désormais».

Depuis 1992 et le refus du peuple suisse d’adhérer à l’Espace Economique Européen, c’est la voie des accords bilatéraux qui avait été choisie par Berne pour conserver pleinement sa souveraineté et son indépendance et malgré tout continuer à avoir des relations très fortes avec le continent européen.

Au prix d’intenses négociations, la Suisse avait réussi ce prodige, par cette voie, de faire partie de l’Europe sans en faire partie. Les Suisses ont approuvé le principe de la libre circulation, dogme intangible de la philosophie européenne et ont validé à plusieurs reprises les extensions de celle-ci aux peuples ayant successivement rejoint l’ensemble européen. Or c’est ce principe, justement, qui se trouve remis en cause.

Depuis lors, il est vrai que la Suisse a accueilli plus de 80 000 étrangers par an sur son territoire, ce qui en fait le pays d’Europe le plus « ouvert », puisque les étrangers représentent 23.3 % de la population totale du pays (un peu plus de 8 Millions d’habitants). Il est donc totalement erroné et infondé, comme on peut le lire de ci de là, de dire que la Suisse est un pays xénophobe et fermé.

Dans un canton tel que celui de Genève, cette proportion d’étrangers monte d’ailleurs à près de 40%, s’expliquant par le nombre très important des représentations diplomatiques, des organisations internationales et ONG, ainsi que des sièges de firmes multinationales.

A côté de l’immigration classique s’ajoute un autre phénomène, celui des travailleurs frontaliers, dont le nombre atteint le chiffre record d’environ 280 000 dont 90 000 pour la région lémanique, et qui a sans doute peser lourd dans le scrutin. La Suisse a besoin de ces travailleurs frontaliers, puisqu’elle n’a pas assez de main d’œuvre en interne pour faire tourner son économie mais de plus en plus, ceux-ci font l’objet de stigmatisations particulièrement virulentes.

En effet, dans une Europe en crise, la Suisse fait figure d’eldorado, avec un taux de chômage de 3.5 % et une croissance de 1.7 %. Les salaires y sont comparativement très élevés, de 2.5 à 3 fois le salaire médian français. Son attractivité est donc considérable, et les milieux économiques suisses voient dans ces excellents chiffres la preuve indéniable que l’ouverture à l’Europe et les bilatérales ont amené une prospérité très importante.

Dès lors semble naître un paradoxe, celui d’un pays qui donne l’impression de se fermer alors que son économie est à priori florissante parce qu’elle est ouverte, et que ce pays ne semble pas connaître non plus de problèmes majeurs d’intégration de ses populations étrangères.

Il semble en effet que le vote de dimanche dernier relève plus du ressenti et de la question identitaire.

Certes il n’est pas illégitime qu’une nation s’interroge sur le nombre d’étrangers qu’elle est en capacité d’intégrer si le but poursuivi est effectivement le souci du bien vivre ensemble. Il y a là quelque chose qui relèverait du simple bon sens. Cela dit et évidemment le débat est hautement glissant.  

En ce sens l’initiative si on la lit à la lettre ne vise pas à bouter tous les étrangers hors de Suisse, tout eu plus vise-t-elle à instaurer des quotas, afin de contrôler les flux migratoires. Autrement dit, même du point de vue des auteurs de l’initiative, il s’agit de choisir l’immigration, de la faire correspondre aux besoins de son économie, comme le font les Etats-Unis et le Canada par exemple. Encore une fois, le texte voté est très bref et ce sont ces modalités d’application qui seront déterminantes. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs trois ans pour les définir.

Il faudrait néanmoins être de mauvaise foi pour ne pas voir également, dans l’expression de ce vote, quelques relents beaucoup moins avouables, qui ne sont toutefois et de loin pas l’apanage du peuple suisse.

Tout d’abord, il existe de réelles difficultés de cohabitation entre les travailleurs frontaliers et une partie des suisses. A Genève (qui est le cas que je connais le mieux puisqu’étant maire de la commune de Saint-Cergues, en Haute-Savoie, sise sur la frontière), un parti populiste s’est même crée sur ce rejet des frontaliers, considérés comme des pilleurs d’emplois. Ce parti, le « Mouvement des citoyens genevois » dénoncent fréquemment et sans pincettes ces travailleurs qui feraient baisser les salaires genevois (dumping salarial) et qui occuperaient les meilleurs emplois. De nombreuses campagnes particulièrement stigmatisantes ont pointé du doigt « l’arrogance » et la « fainéantise » de ces « privilégiés » (définition même du français pour certains), en demandant aux autorités cantonales de faire drastiquement baisser leur nombre, oubliant que parmi ceux-ci, il y a de nombreux citoyens suisses roulant à Genève avec des plaques françaises puisqu’établis en France et oubliant surtout que tous contribuent largement à la réussite de Genève. Pour information, ma commune de 3300 habitants compte près de 500 résidents helvétiques qui travaillent à Genève et dans le canton de Vaud ! Genève connaît en effet une crise immobilière sans précédents et de nombreux citoyens genevois se retrouvent de fait expulsés de leur canton, face à la rareté et à la cherté des logements, créant en France voisine un renchérissement très important des loyers et des prix de l’immobilier, facteurs de tension parfois aussi dans nos populations du côté français.

A n’en pas douter, il y a dans l’expression de ce vote un rejet très net des frontaliers. Cela se remarque particulièrement au Tessin, canton italophone qui emploie beaucoup d’italiens. Et qui a approuvé à plus de 60% l’initiative.  

Ensuite, ces dernières années, la Suisse a subi de nombreux assauts venant de toutes parts contre son secret bancaire, contre sa fiscalité très avantageuse. Ces vexations, qu’on les trouve légitimes ou non ont trouvé un exutoire dans le vote de dimanche dernier, comme une sorte de revanche identitaire sur cette communauté internationale qui aimerait leur donner des leçons.

A côté de ces enjeux nationaux, il existe des enjeux locaux, dont il n’est pas possible de savoir s’ils seront impactés par le vote des suisses.

En effet notre région lémanique franco-suisse construit ce que l’on appelle le « Grand Genève » sorte de pôle métropolitain transfrontalier. De toutes parts, élus suisses comme français mettaient leur bonne volonté en commun pour structurer cette région et travailler ensemble à la correction des déséquilibres importants qui nous affligent, en matière de mobilité, de logement notamment. Cela ne se fait pas sans mal et il y a de fortes résistances, de part et d’autres contre ce nouveau territoire qui se dessine. Néanmoins Il y avait une belle dynamique qui visait à faire quelque peu « fi  de la frontière », et voilà que le peuple suisse semble la remettre en place, cette frontière !

A Genève il est vrai cette initiative n’a pas emporté le soutien de la population, qui l’a rejeté à plus de 60 %, malgré les vives polémiques provoquées par le Mouvement des Citoyens Genevois entres autres. Néanmoins, cette initiative ouvre une ère nouvelle, génératrice d’inquiétudes.

Premièrement on ne sait pas si les travailleurs frontaliers feront partie des fameux quotas qu’établira le gouvernement suisse. C’est un vrai souci pour ma commune qui compte près de 900 travailleurs frontaliers (dont la moitié, encore une fois, sont suisses).

Deuxièmement, on ne sait pas non plus s’il sera fait une interprétation restrictive ou extensive de cette initiative. Aucun chiffre n’est pour l’heure articulé, aucune procédure n’est établit pour dire qui et comment sera décidé l’établissement de ces chiffres annuels. Aussi bien le gouvernement fédéral pourrait édulcorer le texte pour aboutir au final à une situation guère différente de l’existant, ou alors les autorités pourraient respecter l’esprit de ce vote, et alors il faudra souhaiter un immense courage aux diplomates suisses pour aller renégocier tout cela.

Sauf que, par ce vote, et c’est là le nœud du problème, c’est la liberté de circulation qui est remise en cause, et que ce principe étant une sorte de règle absolue pour l’Union Européenne, il est possible que celle-ci réponde de façon très agressive à la Suisse, ce qui je pense n’est pas à souhaiter, sauf si l’on a envie que les suisses et les autres peuples européens, très attentifs à ce qui vient de se passer soient encore plus europhobes. Cela dit les suisses doivent aussi comprendre qu’on ne peut pas avoir que les bons côtés de l’Europe sans consentir quelques efforts en retour. L’Union européenne pourrait en effet légitimement s’agacer de ce partenaire qui réalise une très large part de son « beurre » avec l’Europe et qui refuserait de remplir les obligations qui sont le corollaire des accords de libre échange qui lui ont tant bénéficié. Pour l’heure l’Europe a gelé toutes les négociations en cours et le ton est résolument sévère. En vertu de la « clause guillotine », c’est l’ensemble des bilatérales et de nombreux autres traités qui pourraient tomber et isoler de fait considérablement la Suisse.

Soyons clairs, si ce type d’initiative était soumis aux autres peuples européens, ils voteraient tous quasi certainement et de façon encore plus nette comme les suisses. Alors gardons-nous bien de donner quelconque leçon. La Suisse encore une fois nous donne un bel exemple de démocratie, on l’a applaudi souvenez-vous quand elle a, par vote référendaire, approuvé l’encadrement des hauts salaires, mais un tel niveau de démocratie comporte inévitablement sa part de populisme et de démagogie. Et ce scrutin du 09 février, contre lequel s’étaient engagés le gouvernement fédéral, la plupart des gouvernements cantonaux et la plupart des partis politiques suisses ainsi que les milieux économiques est révélateur de la fracture qui existe entre les tenants d’un certain libéralisme mondialisé qui veut imposer son modèle partout et la réalité du ressenti du peuple, aux antipodes.

Ce vote a une dimension hautement symbolique, traduisant l’irrépressible amour des suisses pour leur souveraineté, traduisant également aussi ce sentiment qu’on peut trouver légitime ou non de perte d’identité de nos sociétés face à l’immigration d’abord, mais aussi face à un modèle économique ensuite qui avant d’être européen est surtout anglo-saxon et transforme assez profondément nos sociétés, en standardisant et en gommant tous les particularismes nationaux et régionaux. 

Car dans le fond, c’est surtout un « grand merde à l’Europe » que viennent de voter les suisses. Une Europe vécue comme une dictature de hauts fonctionnaires, travaillant au nom d’Etats fantoches qui ne disposent plus d’aucune souveraineté. Un grand bras d’honneur dont les conséquences risquent de les dépasser toutefois.

Ce vote des Suisses interpelle le continent tout entier. Car dans le fond, n’ont-ils pas dit tout haut ce que la plupart des européens pensent tout bas ? Au-delà des relents xénophobes, de la peur de l’autre, du sentiment d’envahissement, de la perte d’identité, se pose la question du destin de cet ensemble-continent, qui ne cesse de s’élargir. Un géant économique, un nain politique, une avalanche de normes, qui touchent aux traditions, aux pratiques nationales ou régionales, une pensée largement unique et insipide, corollaire du libéralisme le plus décomplexé. Concurrence effrénée, libéralisation des marchés…

La paix, certes, depuis 60 ans, c’est magnifique, mais quel ennui !

Les Suisses ont donc jeté un pavé dans la mare et il ne serait pas étonnant que ce premier coup de semonce dégénère en pugilat général sur tout le continent en juin prochain, pour les élections européennes. 

L’Europe sans doute devrait-elle comprendre qu’elle est en face d’un très gros problème : elle ne peut plus se faire sans les peuples.

20/09/2012

Grand débat sur le transfrontalier : l'aveu cinglant de Genève sur le logement

 Hier soir à Gaillard, à l'initiative (excellente) de la Tribune de Genève, s'est tenu un grand débat sur le "Grand Genève", autrefois technocratiquement appelé "projet d'agglomération franco-valdo-genevois".

Articulé autour des trois thèmes majeurs que sont l'emploi, le logement et la mobilité, d'ailleurs très intimement liés, six personnalités ont échangé leurs points de vue pendant deux heures et demie devant une assistance très nombreuse.

Mon sentiment, au terme de cette soirée, est mitigé.

Si je suis sincèrement ravi qu'un tel débat ait pu avoir lieu et ait pu être l'occasion d'affirmer quelques vérités trop souvent contestés par certains (ainsi M. Stauffer a pu apprendre que le CEVA n'avait pas pour terminus Annemasse, et qu'il irriguait bien au delà de ce que sa dénomination signifie, sur la partie suisse comme française), je suis en revanche très inquiet quant aux propos qui ont été tenus par M. David Hiler, conseiller d'Etat en charge des finances du canton, qui a affirmé et c'est je crois relativement grave, que Genève ne tiendrait pas ses engagements en matière de logement. Et par cet aveu cinglant ce sont tous les nécessaires rééquilibrages prévus justement par le projet d'agglomération N°2 ( qui vient d'être signé ) qui sont remis en cause.

Autrement dit, alors que la question du logement est cruciale, puisque je rapelle que les citoyens genevois sont contraints à l'exil depuis des années en France voisine, la région va continuer à se bétonner en France, pour que Genève puisse conserver sa campagne en voie de muséification, et continuer de donner l'étrange configuration rappelée par Antoine Vielliard, conseiller général de la Haute-Savoie heurté par la confession de M. Hiler, selon laquelle Genève et sa région s'organise en Ville centre/ campagne /périphérie urbaine, alors que partout ailleurs dans le monde, et c'est la logique même, les métropoles sont configurées en Ville centre / périphérie urbaine / campagne.

En effet, David Hiler a concédé et reconnu que Genève :" promet des choses qui n'ont jamais été  tenues", enfonçant le clou en affirmant que produire 2500 logements par an dans le canton était un "mythe" et que Genève était "incapable" de respecter ses engagements en la matière. Le conseiller d'Etat à préconisé de sortir "du déni de réalité" en rappelant que les oppositions à la construction étaient trop fortes dans le canton, qu'elles viennent des maires genevois ou de la population.

Je dois dire que ces affirmations, qui ont au moins le mérite d'être claires, plongent certains d'entre nous dans l'inquiétude. Car si Genève, deux mois après la signature en grande pompe du projet d'Agglomération N° 2 renie déjà sa parole, alors on peut s'attendre à ce que le mauvais Deal qui a cours dans notre région depuis des décennies perdure encore et encore.

Ce mauvais deal, c'est "on vous donne l'emploi, faites des logements". Allant à l'encontre de toutes les logiques de développement et d'aménagement du territoire, en forçant les pendulaires à parcourir de plus en plus de kilomètres pour rejoindre la ville centre, en forçant la campagne française à disparaître, en provoquant de fait des bouchons de plus en plus considérables, et surtout, en obligeant les genevois à quitter de force leur canton, nous nous dirigeons alors vers une "Los angelisation de la région", avec un étalement urbain délirant, une supermarchisation de la France voisine (mes excuses pour ce laid mais parlant néologisme), aux emplois peu qualifiés, et un hyper centre d'agglomération qui concentrera tout les emplois à valeur ajoutée.

Il a été très amusant de voir M. Christian Dupessey, conseiller régional de Rhône-Alpes et Maire d'Annemasse voler au secours de M. David Hiler qui visiblement ne s'est pas rendu compte de l'énormité des propos qu'il venait de tenir. Ainsi, M. Dupessey a affirmé que "Genève avait une vraie volonté de construire des logements". Il fallait donc qu'un élu français sache mieux qu'un conseiller d'Etat genevois quelle était la position du canton.

Ardent militant de la construction de cette agglomération transfrontalière , M. Dupessey, dont je partage l'enthousiasme, semble ne pas avoir voulu entendre l'étonnante et troublante sincérité des autorités genevoises. Car il est vrai qu'elle est innaceptable, cette vérité.

J'avais tenté d'attirer l'attention avec mes collègues élus, il y a quelques mois, en tirant la sonnette d'alarme, pour dire que notre campagne française ne valait pas moins que la campagne suisse, et qu'il fallait d'urgence que Genève tienne ses engagements pour ne pas que la région se développe de façon anarchique. J'avais eu l'impression d'être entendu, face aux chiffres consternants du canton en matière de logement cette année.

J'ai pu échanger avec des maires suisses qui ont très bien compris ma position, selon laquelle nous acceuillons évidemment bien volontiers les ressortissants genevois, qui s'intègrent très bien dans nos villes et villages, nous sommes dans un même bassin de vie et avons ensemble un même destin, mais cela ne peut se faire au détriment de la qualité de vie en France voisine, qui risque de devenir une vaste cité dortoir à terme, qui risque de perdre ses zones agricoles et naturelles déjà fortement altérées par ce développement non maîtrisé, et qui voit les prix de l'immobilier flamber et contraint nos  salariés en euros à l'exil. 

Autrement dit, j'ai toujours prêché pour le rééquilibrage, pour le bon compromis, mais hier soir, j'ai eu le sentiment que les belles paroles prononcées par le canton au moment de la signature du deuxième projet d'agglomération n'étaient que de la poudre aux yeux. Je souhaite sincèrement bon courage aux élus cantonaux genevois pour expliquer à leur population qu'il faudra qu'elle continue à aller vivre ailleurs...

M. Daniel Rosselat, syndic de Nyon, s'est ému lui aussi de ce développement exponentiel et a salué, avec ironie " le talent qu'ont eu les genevois a préservé leurs campagne". Il est vrai que Nyon a plus que pris sa part du développement de cette région, en construisant moult logements pour les genevois.

M. Bernard Gaud, co-président français du projet d'agglomération ne semble pas non plus avoir voulu entendre le terrible aveu genevois et a tenté de faire avaler la chose en disant que "Construire, cela créeait des emplois en France et que cela n'était pas négligeable" et "que nos Plans locaux de l'habitat prévoyaient plus de logements sociaux pour nos salariés en euros". Il est vrai que l'homme se bat avec vigueur et conviction depuis longtemps pour cette région, et on comprend que les propos de M. Hiler passent mal.

De façon générale les contradicteurs ont été visiblement très embarassés par ces déclarations, qui remettent en cause notre modèle de développement, et les indispensables rééquilibrages tels qu'ils viennent d'être signés.

Au part ceci, il faut bien sûr reconnaître de belles réalisations, et des efforts notables en matière de mobilité par exemple, avec le CEVA qui sera la colonne vertébrale des transports en commun de la région, avec le développement des lignes de tram du côté français et des réseaux de bus qui permettront d'importants reports modaux, désengorgeant Genève et les communes environnantes, traversées quotidiennement, et dont Saint-Cergues fait partie, puisque les pendulaires (frontaliers français et suisses) viennent de plus en plus loin. 

De façon générale, la construction cohérente de cette région est une absolue nécessité, et même M. Stauffer a affirmé non sans rire "qu'il était pour le franco-valdo-genevois". Tout le monde étant donc pour, la question est de savoir si les efforts promis de part et d'autres seront tenus : en matière d'emploi du côté français et en matière de logement du côté suisse...

Si hier soir ce sont surtout les problèmes qui ont été abordés, il ne faut pas oublier qu'enfin suisses et français se parlent, il faut dire aussi que la réalité est plus forte que le politique, et c'est heureux, et c'est l'occasion de dire que cette agglomération se vit dans les familles, dans les amis, dans le travail, dans les loisirs, que nous allons faire nos achats de part et d'autres de la frontière, que cette agglomération est déjà une réalité pour les gens et qu'il règne au delà des polémiques sur les frontaliers, les préjugés sur les suisses comme sur les français, un certain esprit de vivre-ensemble et de solidarité, quoi que n'en dise M. Stauffer, qui s'est livré à une instructive analyse du "vrai et du faux frontalier", qui n'est pas sans rappeler le fameux sketch des inconnus sur le "bon et mauvais chasseur" et à la propagation des habituels clichés dont on affuble les français.

Cette région nous l'aimons, et il faudra du temps, sans doute, pour que tout le monde comprenne le bien-fondé de sa construction si possible harmonieuse. Le processus est en marche, inexorable, et c'est tant mieux. Comme le dit Bernard Gaud : "il n'est plus possible de barrer la route à ce projet".

Mais il faudra que chacun prenne sa part et sincèrement, la question du logement, qui est fondamentale, trouvera je l'espère d'autres réponses que celles qui ont été formulées hier soir.